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FONTAINE-AU-BOIS
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LA GRANDE GUERRE VUE DE L’INTERIEUR
L’an prochain sera celui du Centenaire du déclenchement de la première guerre mondiale qui, au début du 20ème siècle, allait faire des millions de morts en Europe de l’Ouest, durant les quatre années sur lesquelles elle s’étala (d’août 1914 à novembre 1918). A l’approche des commémorations qui ne vont pas manquer, il nous a paru intéressant de connaître comment la commune de Fontaine-au-Bois avait traversé cette sombre période. Le registre des délibérations du Conseil Municipal de l’époque, toujours précieusement conservé en Mairie, nous y a beaucoup aidés.
1914. Le village compte alors 630 habitants, il est très majoritairement agricole et c’est la raison pour laquelle le Conseil, réduit à six-huit élus, se réunit parfois tôt le matin pour ne pas entraver les travaux de la ferme. Le 14 mai 1914 a lieu l’élection d’un nouveau maire, en remplacement de M. Gustave Leblond, élu deux mois plus tôt, mais qui n’a pas souhaité occuper le poste. Edouard Fontaine lui succède. Il est rentier et le premier dossier auquel il s’attelle est celui… de la construction d’une gare ; deux projets sont en présence, celui d’une halte au centre du village, notamment pour le transport des marchandises, et un autre, pour lequel une subvention municipale est sollicitée, qui relierait Le Quesnoy à Landrecies, à l’extérieur de la commune, auquel il n’est pas donné suite. Mais on va bientôt passer à autre chose…
En effet, début août, l’Allemagne a déclaré la guerre à la France, prenant le prétexte de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, héritier d’Autriche-Hongrie, et de ses alliances. Très vite, l’occupation de notre territoire bouleverse l’ordonnancement de la vie quotidienne. Le 6 août 1914, six élus décident que « le Conseil, vu le départ aux armées de nombreux chefs de famille, vote la somme de 1 000 francs à prélever sur les fonds de la commune pour venir en aide à leurs familles nécessiteuses pendant le temps de la mobilisation. » Ils ne savent pas encore que ce temps va être long et que les problèmes d’approvisionnement ne vont cesser de se poser durant toute la durée du conflit. Parfois dans l’urgence.
Un projet de création de papier-monnaie voit ainsi le jour, en même temps qu’une organisation financière, pour les zones de Le Quesnoy, Berlaimont et Landrecies. Les stocks de blé et de farine s’épuisent et un emprunt pour l’achat de 76 quintaux est décidé le 10 janvier 1915, qui sera remboursé par le boulanger au fur et à mesure. Les conseils municipaux s’unissent, parfois à effectif réduit ; à Fontaine, trois ou quatre présents seulement. En effet, il est sans cesse question d’approvisionnement, d’organisation, de financement…
La première référence à l’occupant allemand apparaît le 1er février 1915 lorsque la réquisition des récoltes oblige le Conseil à accepter le projet Rittmeister-Deichmann, qui établit des bons de paiement remboursables « six mois après la paix ». Deux mois plus tard, un comité de ravitaillement est créé, qui aura tout pouvoir pour acheter et fournir les vivres dans toute la région occupée. Un comité Hispano-Américain-Belge, établi à Saint-Quentin, fournira les communes tous les mois, au prorata de leur population, avec transport à leur charge et, là encore, remboursement la paix venue.
La survie avant tout
On le voit, il n’apparaît aucune mention des combats et des décès - on se bat pourtant à quelques dizaines de kilomètres - seule la survie de la population civile étant du ressort des élus locaux. Ceux-ci s’organisent lorsque les réquisitions et les réclamations des Allemands se font plus pressantes. Deux Landreciens, MM. Bonnaire et Piat, sont mandatés pour aller négocier à Bruxelles un emprunt auprès de la Société Générale, afin de secourir les indigents. En août 1916, les autorités allemandes se font encore plus menaçantes et exigeantes : il faut émettre de nouveaux bons et consentir de nouvelles avances ! Et il n’y a guère que deux ou trois élus fontagnards pour prendre ces décisions… La vie sociale est entre parenthèses, seulement réduite aux moyens de survie.
Le livre de comptes de la commune fait apparaître qu’au 30 juin 1918, ni la victoire ni l’armistice n’étant encore en vue, le solde débiteur de la commune est de plus de 45 000 francs et il faut toujours trouver des moyens de secours : ainsi crée-t-on une « feuille de délivrance de secours ». Il sera accordé « à tout habitant de Fontaine-au-Bois évacué sur ordre de l’autorité allemande, quels que soient son âge, son sexe et ses ressources personnelles et pour toute la durée de son évacuation en territoire occupé ou neutre, une allocation journalière de un franc vingt-cinq centimes, laquelle suspend le paiement de toute autre allocation (service militaire, chômage, vieillesse, infirmité, etc.)
On observe ensuite qu’entre le 30 septembre 1918 et le 5 janvier 1919, il n’y a aucune réunion du Conseil Municipal, comme si une pause était nécessaire pour « digérer » le soulagement de la victoire et de la fin du conflit. Il sera alors mis fin aux bons de monnaie et la commune sollicitera des avances de trésorerie auprès de l’Etat pour la reprise de la vie administrative et la réorganisation de Fontaine-au-Bois.
Notons que, curieusement, il faudra attendre six mois, le 24 juin très précisément, pour lire la dépêche officielle de la paix (voir illustration). A cette dépêche sera jointe une adresse au général américain Pershing, commandant l’armée américaine en France, message dont voici le texte :
« A l’occasion de la fête nationale américaine, la municipalité de Fontaine-au-Bois adresse à Monsieur le général Pershing l’expression de sa plus vive gratitude pour l’aide apportée par la vaillante armée américaine pour la libération de notre territoire et s’associe de tout cœur à la manifestation patriotique du 4 juillet. Pour le Conseil Municipal interprète des sentiments de la population, le Maire, Edouard Fontaine ».
La vie va reprendre progressivement son cours, avec la désignation d’un architecte et le choix des artisans qui participeront à la reconstruction des édifices publics, l’église, le presbytère, la bascule publique, le lavoir…
La même année, en décembre, aura lieu l’installation d’un nouveau conseil municipal de douze membres (dont neuf cultivateurs) qui rééliront Edouard Fontaine comme maire, bien qu’il ait obtenu beaucoup moins de voix que celui qui sera son premier adjoint, Achille Colin (108 contre 155). Il est vrai qu’il avait eu à gérer quatre années de guerre, de privations et de restrictions - qui ne sont jamais de faciles arguments électoraux !
Jean-Marie Leblanc