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LE FAVRIL

 

NOVEMBRE 1918

Fin de guerre fatale

 

A l’approche de ce 11 novembre 2013, le Président de la République vient de lancer le programme des commémorations qui vont marquer le centenaire de la 1ère guerre mondiale partout en France durant les années à venir. Ces manifestations, voulues par l’Etat français, seront également partout appuyées par des initiatives heureuses des collectivités territoriales, notamment des conseils généraux des départements ayant été le théâtre des opérations durant ces longs 52 mois de guerre retranchée et quasi-immobile où tant de « poilus » ont péri, souffert dans leur chair et leur esprit, et laissé tant de familles dans la douleur.

Au travers de cet article, c’est également un devoir de mémoire qui s’exerce, plus modeste, mais nécessaire, à l’échelle de la commune de Le Favril. Il n’est qu’à constater lors de la célébration, ce jour, de l’Armistice du 11 novembre 1918, à quel point le souvenir s’étiole, s’amenuise dans la mémoire collective et combien le souvenir des disparus de 14-18 s’estompe, en réalisant comme chaque année le tour de mémoire dans le cimetière communal pour s’achever devant le monument aux morts.

Or, ce que de moins en moins d’habitants savent, c’est qu’à Le Favril, les dernières semaines du conflit, voire les derniers jours de novembre 1918 firent encore des victimes, suite à des événements déroulés sur le sol même du village. En atteste un document récemment remis à jour par René Brunelet, maire honoraire, dans les archives communales, qui est le « registre des tombes militaires » du village, ouvert le 9 juillet 1921 par l’officier de secteur Monsieur Hétuin, et qui a permis de localiser des tombes d’aviateurs français inhumés dans le cimetière, dont personne ne se souvenait plus !

Tout d’abord, il convient de rappeler la présence de 3 sépultures de soldats britanniques dans l’enceinte du cimetière, près du chevet de l’église, tous trois tués le 5 novembre 1918, moins d’une semaine avant l’armistice tant espéré de tous. En effet, ce jour-là, un obus est tombé sur l’actuelle habitation de René Brunelet, la détruisant à moitié, faisant 4 victimes : nos trois britanniques venus en avant-garde dans le village et un civil, Camille Caille, qui s’entretenait avec eux à cet instant. Le Favril était alors, avec Landrecies et Fontaine-au-Bois, sur la ligne de front qui refluait vers le nord-est, au fur et à mesure que les forces alliées avançaient et que les allemands étaient en déroute. La maison de Camille Caille elle-même, derrière l’église, et la ferme à l’angle de la rue du Bois, face à la mairie, eurent elles-mêmes à subir des dégâts.

Ces sépultures britanniques, honorées comme il se doit chaque année, s’ordonnent en ligne de la sorte :  à gauche, stèle du caporal J. Stanley, matricule 23715, du Highland Light Infantry et à droite, celle du soldat J. Gough, matricule 55147, du même régiment, âgé de 19 ans avec cette mention spécifique : « never a day – but his name is spoken – too dearly loved – to be forgotten »* ; au centre, stèle du soldat A.(lexander) Anderson, matricule 81450 du Royal Army Medical Corps, âgé de 23 ans, avec la mention plus sobre « never forgotten »*. Toutes portent en médaillon, gravé, les emblèmes de leur régiment d’appartenance, la croix et indiquent la date fatidique du 5 novembre 1918…

Le Highland Light Infantry (HLI) était un régiment d’infanterie de ligne de l'armée britannique de 1881 à 1959, attaché originellement à la ville de Glasgow en Ecosse. L’insigne de chapeau du régiment, tel que figurant sur les stèles de 2 de nos 3 soldats britanniques, est son emblème où figurent le cor de chasse, sa mascotte qu’est l’éléphant et la citation « Assaye », qui correspond à l’anniversaire du 23 septembre de cette bataille menée en Inde au XIXème siècle.

Le Royal Army Medical Corps (RAMC) est le corps médical de l'armée royale qui assure les services de soins médicaux au personnel des armées et à leurs familles en temps de guerre ou de paix depuis 1898. Sa devise In Arduis Fidelis (fidèle dans l'adversité) figure sur son emblème, très reconnaissable au caducée.

* Traductions proposées : « pas un jour sans que son nom ne soit prononcé, trop chèrement aimé pour être oublié » et « n’oublions jamais ».

Mais il est aussi d’autres sépultures très fraîchement retrouvées dans le cimetière, côté nord de l’église, comme mentionné plus haut, qui ne peuvent laisser indifférentes. Il s’agit en effet de deux sépultures d’aviateurs français dont l’appareil s’est abîmé sur le sol du village, dans les prairies proches de la Cense Madame, route d’Erruard, appartenant à la famille Saint-Obert à l’époque. Ces deux pilotes, le lieutenant Fischer et le sergent Paul Simonet, sont décédés le 30 novembre 1918, soit moins de 3 semaines après l’armistice.

Enfin, il convient de ne pas oublier toutes les victimes civiles, mais aussi nos « poilus » dont les noms s’égrènent sur le monument aux morts de la commune, pour certains disparus, pour d’autres décédés en Allemagne dans les camps de prisonniers, pour d’autres morts au combat et dont très peu ont gagné la terre de leur village pour y reposer parmi les leurs.

N’oublions jamais leurs sacrifices !

 

Frédéric Damien avec l’indéfectible collaboration de René Brunelet