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La Commonwealth War Grave, une autre histoire de nos conflits

 

Les photos des nos 10 "cimetières anglais"

 

Les deux guerres mondiales du XXe siècle résonnent dans nos mémoires à travers le souvenir des Morts pour la France que l’on célèbre les 8 mai et 11 novembre de chaque année, face au monument aux morts. Il est d’autres lieux où reposent des soldats victimes de nos conflits. Les « British Cemetery » et les « tombes du Commonwealth » dans nos cimetières communaux abritent les corps des soldats alliés britanniques qui ont combattu et péri sur notre sol. 1414 de ces tombes sont réparties sur le territoire de la 2C2M, chiffre considérable et qui montre l’âpreté des combats. Lors de la 1ère guerre mondiale, au début d’août 1914, notre région est défendue par les soldats de la British Expedition Force (BEF). Après la bataille perdue de Mons, les alliés vont battre rapidement en retraite du 22 août au début de septembre. La victoire de la Marne stabilisera le front sur l’Aisne et la Somme jusque septembre 1918. Peu de combats en 14 sur notre territoire, sauf sur Maroilles et Landrecies les 25 et 26 août : environ 25 tombes sont réparties sur ces deux communes et Locquignol. Les nombreux soldats disparus pendant ces combats auront leurs noms inscrits sur le Mémorial de La Ferte-sous-Jouarre. Il en sera autrement lors de la libération par les alliés à partir d’octobre 1918. Les engagements seront meurtriers. Près de 1400 sépultures britanniques se dressent sur nos dix communes pour en témoigner (530000 morts britanniques en France sur la durée de la guerre). La seconde guerre mondiale verra l’envahissement de notre région dès le 16 mai 1940. Les soldats britanniques sont engagés sur d’autres fronts. La Royal Air Force (RAF) seule paiera son tribut aux combats : Preux et Landrecies ont respectivement 2 et 7 navigants enterrés dans leur cimetière, tombés les 18 et 30 mai (33800 morts britanniques en France pour la Seconde guerre mondiale).

Histoire de la Commonwealth War Grave Commission

Le fondateur de la commission, Fabian Ware, arriva en France en septembre 1914 à la tête d’une unité de la Croix Rouge britannique. Il se chargea aussitôt de répertorier toutes les tombes et de renseigner les familles. La commission sera reconnue officiellement en 1917 et prendra le nom de « Imperial War Graves Commission ». Son appellation actuelle date de 1960. C’est en novembre 1918 que fut prise la décision de ne pas rapatrier les restes des soldats tués et de les ensevelir sous des pierres tombales uniformes, dans un souci de fraternité acquise sur le front : même stèle pour tous sans distinction de grade, race, foi ni classe sociale. En 1923, plus de 4000 stèles de pierre blanche étaient expédiées en France chaque semaine, et en 1927, plus de 500 cimetières étaient achevés. Aujourd’hui, la Commission basée à Beaurains (près d’Arras) gère en France 18 monuments commémoratifs pour les disparus, 370000 stèles dressées sur les 1500 cimetières qui font l’objet d’un entretien horticole de qualité.

A l’origine, le fleurissement devait procurer aux visiteurs et aux parents des défunts une atmosphère propice au recueillement. En France, les carrés autour des tombes sont plantés d’un mélange de roses floribunda et de plantes vivaces.

 

« Known unto God »

Les tombes des soldats non identifiés portent l’appartenance à leur régiment quand il est connu, renseignement essentiel pour les troupes britanniques qui sont organisées en comté (shire en anglais) et qui permettent donc de noter la région d’origine du soldat. Les autres mentions sur les pierres tombales sont « A soldier of the Great War » et « Known unto God » (seulement connu de Dieu), phrase proposée par l’écrivain Rudyard Kipling qui avait perdu son fils durant le conflit.

Les tombes identifiées portent parfois des mentions émouvantes. Par exemple, à Preux-au-Bois : « In loving Memory of dear Harry who will never be for forgotten ».

La fleur symbole des anciens combattants britanniques de 14/18 est le coquelicot (poppies en anglais), car il fleurissait en grand nombre sur les champs de bataille et dans les cimetières militaires de Flandres. 3 mai 1915, le poète soldat John Mc Crae écrit « In Flanders Fields », poème assimilant cette fleur au courage des combattants : « … Et de garder au fond de l’âme/Le goût de vivre en liberté./Acceptez le défi, sinon/Les coquelicots se faneront /Au champ d’honneur ».

Bousies : 9 soldats

Le cimetière communal contient 9 tombes britanniques des East Surrey Regiment, Royal Garrison Artillery, Royal Field Artillery et Bedfordshire Regiment. Les soldats, dont un caporal, un second-lieutenant et le lieutenant-colonel H. P. Burnyeat, sont tombés les 23, 24, 30 octobre et 1er novembre 1918. Un soldat inconnu y est aussi enseveli.

Croix-Caluyau : 14 tombes

14 tombes de soldats britanniques sont réparties en deux endroits du cimetière communal ; une tombe isolée à l’entrée, celle d’un conducteur du Royal Field Artillery tombé le 25 octobre 1918. 13 autres sépultures sont situées au fond du cimetière, pour des soldats tués entre les 23 octobre et 1er novembre 1918, des Middelsex Regiment, The King’s Liverpool Regiment, Welch Regiment et Royal Engineers. Le plus gradé est un sergent.

 

Fontaine-au-Bois : 94 et 863 tombes

A côté du cimetière communal, le British Cemetery conserve 94 tombes pour des soldats morts entre le 23 octobre et le 12 novembre 1918. 6 soldats inconnus y sont enterrés. L’âge de ces hommes va de 19 à 39 ans, le plus gradé étant un lieutenant. 16 régiments différents sont représentés, parmi eux, les Northumberland Fusilier, Royal Dublin Fus, Machine Guns Corps, Durham Light Infantery, Duke of Wellington’s Regiment, East Lancashire Regiment, Worcestershire Regiment, etc.

Sur le territoire de Fontaine, à la sortie du village vers Ors, un « Cross Roads Cemetery » renferme 741 tombes, dont 105 soldats inconnus. Construit dès la première semaine de novembre 1918 par le régiment du Northumbrian Field Ambulance, il avait 61 tombes à l’armistice. On y regroupera ensuite les tués des batailles situées entre l’Escaut et la Sambre. A 4 exceptions près, tous ont été tués entre le 1er octobre et le 11 novembre 1918. 2 coolies chinois, auxiliaires de l’armée britannique, ont aussi leur tombe. Un mémorial marque le souvenir de 100 britanniques, 1 néozélandais et 1 africain du Sud, inconnus. Un second mémorial a été élevé pour 19 anglais, 1 néozélandais, enterrés à Bavay et Landrecies dont on n’a pas retrouvé les sépultures. Beaucoup avaient entre 19 et 21 ans.

Forest-en-Cambrésis : 125 tombes

Le cimetière britannique jouxte celui de la commune : il y a 125 tombes dont 4 de soldats inconnus. Ils ont été tués entre le 17 octobre et le 5 novembre 1918 et ont entre 19 et 40 ans. Une quarantaine de régiments sont présents : les Scottish Rifles, South Wales Borderers, North Irish Horse, Military Monted Police, Manchester Regiment, etc. Le lieutenant-colonel Butler du Royal Field Artillery y est enterré ainsi que E. A. Guppy du 15e escadron de la Royal Air Force.

Landrecies : 199 tombes

Deux cimetières militaires, le premier route de Le Pommereuil, l’autre dans le cimetière communal. Dans le premier sont enterrés 165 corps dont 14 inconnus décédés d’octobre 1918 à janvier 1919. Ils sont tous de la 25e division britannique qui a libéré la ville. Le second cimetière contient 44 anglais tués en 1914 et en 1918, des Coldstream Guards, Royal Berkshise Regiment et Gloucester Regiment. 3 inconnus y reposent. Peter Petrow, prisonnier de guerre russe, est mort et enterré là le 29 mars 1918.

Le Favril : 3 tombes

3 tombes dans le cimetière communal, sur le côté de l’église. Soldats du Highland Light Infantery et du Royal Army Medical Corps, tués le 5 novembre 1918. L’un d’eux avait 19 ans.

Locquignol : 4 tombes

4 tombes en deux endroits dans le cimetière communal. 1 soldat inconnu du Dorsetshire Regiment tombé en août 14, et 3 autres tués les 6 et 7 novembre 1918 des Lincolnshire Regiment, Northemberland Fusiliers et Machine Gun Corps.

Maroilles : 19 tombes

Trois endroits différents du cimetière communal pour 19 tombes alliées. 17 sont regroupées sur des stèles doubles dans un même carré à l’entrée, tous du Berkshire Regiment tombés du 24 au 26 août1914, et près d’eux, 1 soldat anglais du Sherwood Forester tué le 5 novembre 1918. Le capitaine H. H. Shott a sa propre stèle offerte par son épouse. Une tombe isolée parmi celles des Maroillais contient le corps de Yang Niu, coolie chinois décédé le 15 septembre 1919.

Preux-au-Bois : 83 tombes

83 tombes sont réparties en deux endroits du cimetière communal. 3 soldats du East Surrey Regiment tués le 5 novembre 1918, et 78 autres dont 50 reposent dans des tombes doubles. Ils sont morts entre le 25 octobre et le 4 novembre 1918. Ils avaient entre 18 et 39 ans. Ils étaient des régiments des Royal Inniskilling Fusilier, Bedforshire Regiment, Essex Regiment, etc. 2 navigateurs de la RAF y sont aussi enterrés, tombés le 18 mai 1940.

Robersart : 1 tombe

Une seule tombe dans le cimetière communal pour un soldat du Northamptonshire Regiment tué le 24 octobre 1918. Il avait 19 ans.

Hervé Gournay