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Les ruines allemandes (suite)

L’édification de ce centre de transmission a monopolisé 500 hommes venus de toute la région. Certains l’ont fait pour échapper à la déportation en Allemagne, d’autres pour obtenir des cartes d’alimentation.
Cela a aussi entraîné des réquisitions de matériel, d’animaux et de logements. Quelques habitants devaient, deux fois par semaine, donner de leur temps pour transporter des vivres.
Imaginez un bâtiment, tout en longueur, avec un couloir central desservant des chambres dotées de salles de bain, une grande salle de jeux et des cuisines. Il accueillait 100 personnes de la section d’assaut (SA) de l’armée de l’air allemande.
C’étaient principalement des femmes, toutes habillées en uniforme de couleur kaki. Leur fonction était de « réconforter » les troupes, mais aussi de surveiller les 3 radars (un anglais et 2 allemands) qui fonctionnaient 24 heures sur 24. Le radar anglais avait une forme de plateau tandis que les allemands ressemblaient à des coupoles. Ils se situaient entre Ovillers et Amerval.Quels sont les souvenirs de ces hommes qui ont de leurs mains, tranchées après tranchées, briques après briques, canalisations après canalisations, bâti ce centre ?

Les ouvriers arrivaient tôt le matin. Ils commençaient par montrer leur laisser-passer puis saluaient le drapeau allemand … sinon ils se faisaient cravacher. Ils travaillaient toujours sous haute surveillance et s’arrêtaient juste pour manger le pain qu’ils avaient apporté et ceci dans les tranchées pour être un peu à l’abri ; puis ils repartaient, tard le soir. 
Chaque jour, c’était le même rite et le même rythme afin d’ériger et d’alimenter en eau et électricité ! Le travail devait être parfait et très solide : les canalisations étaient bardées de « chevaliers en mortier ».

Une réserve d’eau, appelée piscine, était là en cas d’incendie ; les allemandes avaient l’autorisation de s’y baigner et de faire du nudisme. Mais un  regard indiscret signifiait des coups de cravache pour le désobéissant.

On se souvient  :
- de la sortie hebdomadaire des Allemandes qui prenaient l’autobus pour Le Cateau afin d’y faire des courses,
- de la venue, en Mercédès ou en Volkswagen, une fois par semaine, de S.S. habillés d’uniformes noirs,
- de l’arrivée des matériaux qui étaient stockés dans un hangar du dirigeable Zepling dans les environs de Maubeuge,
- de quelques Catésiennes qui venaient faire la cuisine,
- des compagnons venus de Douchy-les-mines, dont un certain M. Lagoda qui arrivait chaque semaine en moto pour travailler au camp et qui était hébergé chez M. Moine. Nous n’oublierons pas non plus ce jour où tout a été dynamité parce qu’il y avait 100 tonnes de boulets de charbon dans les sous sols ! Ces tristes souvenirs hantent encore nos
E. Pruvot (témoignage Monsieur Roger Baudechon)