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FONTAINE-AU-BOIS
DES VIEILLES PIERRES QUI PARLENT

Le patrimoine architectural de Fontaine-au-Bois est bien connu et ses habitants sont fiers de leur église fortifiée, de leur ancien lavoir municipal, récemment restauré avec l’aide de fonds départementaux et européens, de quelques petits oratoires en pierre bleue nichés dans les rues du village. Par ailleurs, un projet de construction d’un kiosque sous les tilleuls de la Plaine est dans les cartons.
Mais en cherchant bien, et avec le concours de Madame Gisèle Delattre, notre « historienne » locale, nous avons trouvé deux autres sujets de « vieilles pierres » dont l’histoire mérite d’être contée…
C’est d’abord, en remontant la rue du Hainaut – joliment repavée il y a quelques années et qui mène au cimetière – la redécouverte, sur le côté droit, d’un imposant monument funéraire qui a intrigué les Fontagnards pendant de longues années, car seuls les plus anciens connaissaient le nom de la famille dont il abritait les aïeux. Ce monument, construit séparément du cimetière, et à vrai dire très dégradé, vient de connaître une nouvelle jeunesse, et du même coup de révéler ses origines. Et cela parce qu’un couple du village, Henri et Brigitte Ladrière, a entrepris de le restaurer, cette année en août-septembre.

Et s’ils ont pris cette décision, c’est tout simplement que l’un et l’autre sont des descendants, par branche séparée, de Jean-Baptiste Pertrissart et de Fidéline Gotte, qui y sont enterrés en compagnie de l’un de leurs trois enfants, Donat Pertrissart. Du 19e au 21e siècle et en cinq générations, la descendance du couple Jean-Baptiste Pertrissart – Fidéline Gotte est passée par des familles connues du village, les Pertrissart, bien sûr, mais aussi Trouillet, Boursier, Dehin, Bruyerre, Ladrière, Quiévreux…
Ces derniers n’ont pas voulu que le monument tombe en désuétude et, à force de travail et d’application, lui ont redonné un aspect respectable : la pierre a été nettoyée, refaçonnée là où il le fallait, les grilles ont été grattées puis repeintes en vert foncé. Et, du coup, l’on s’est intéressé à l’ancêtre le plus connu, Donat Pertrissart, dont on a redécouvert qu’il avait été Polytechnicien, capitaine d’artillerie, mais dont la vie fut courte puisqu’il décéda accidentellement le 5 février 1904, à l’âge de 39 ans, au fort de Liouville, dans la Meuse.
C’est lui qui fit édifier, dans le centre de Fontaine-au-Bois, une très grande et très belle maison « de maître » dans laquelle s’installa  sur plusieurs générations  la famille Ladrière, connue et appréciée dans le monde agricole.
Cette sépulture remarquable donne incontestablement du caractère et du cachet, sur l’accès au cimetière proprement dit et, avec le parking, constitue un ensemble qui, aujourd’hui aménagé et planté, peut constituer un but de promenade et de recueillement.

Une trace du Moyen Age

Si la sépulture ci-dessus n’a guère qu’un peu plus d’un siècle, il en est tout autrement d’un autre vestige fontagnard qu’on peut trouver au sud-ouest du village. C’est donc à l’opposé, au milieu des champs, sur un petit chemin que les randonneurs pédestres ou à VTT connaissent bien, qui conduit au terrain communal de cross, le chemin rural n°17 dit de la Plaine et qui se transforme en sentier vers le chemin Saint-Jacques. En cheminant, on tombe tout à coup, en étant attentif, sur une haute borne de pierre sur laquelle on peut lire l’inscription suivante, qui y est gravée sur l’une des quatre faces : « Bois de St André ».
Les recherches et la consultation des archives nous ont orientés vers Le Cateau, où fut édifiée en 1021 et consacrée en 1025 une abbaye, autour de laquelle s’organisa la vie économique et sociale du territoire durant tout le Moyen Age.

Fontaine-au-Bois figurait dans ce vaste périmètre de terres arables et de forêts - dans le Cambrésis et dans l’Avesnois -  qui fournissaient leurs ressources, soit aux seigneurs soit aux ecclésiastiques. La parcelle de Fontaine comportait le « Bois de Fontaine » d’une superficie de 335 mencodées et rapportait au 13e siècle 1560 livres. Par la suite, les actions de défrichement entreprises par les paysans fontagnards donnèrent lieu à de nombreux conflits avec leurs propriétaires. De multiples procès se succédèrent jusqu’en 1775 où, après bien des renversements, une intervention du duc d’Orléans donna raison aux habitants de Fontaine.
Pour en revenir à notre borne, elle figurait l’une des délimitations des biens de l’abbaye de St André à une époque, répétons-le, où notre territoire était très majoritairement boisé – d’où le nom de la commune. Très précisément, elle servit à déterminer le montant de la dîme sur les biens situés sur la commune, dîme affectée aux vicaires et à la reconstruction du chœur de l’église aux 17e et 18e siècles. Les activités agricoles – élevage et cultures sur de petites parcelles - avaient pris le relais  et en assureront le développement à la fin du 19è siècle et au début du 20e.

Jean-Marie Leblanc